Une fabuleuse épopée historique
L’histoire
de cette équipe m’a passionnée. Une aventure humaine racontée par les
dix premiers joueurs de football de l’équipe du FLN, emportés par
l’histoire. J’en ai pris connaissance par Rachid Mekhloufi, c’était fin
2006.
En France, très peu de gens la connaissent. Ces
joueurs prenaient des risques, Mekhloufi était déserteur (il faisait
alors son service militaire, ndlr), laissaient une vie confortable et
une carrière brillante. J’avais mal mesuré la portée historique de cet
acte », souligne Michel Naït Challal, auteur de Dribbleurs de
l’Indépendance. L’incroyable histoire de l’équipe de football du FLN
algérien (1), lors d’une conférence de presse de présentation au Centre
culturel algérien, jeudi dernier. « Un des motifs de l’écriture de ce
livre, c’est l’ignorance de cette séquence de la guerre de Libération
nationale par les médias et l’opinion publique français », a précisé
Michel Naït Challal. Rachid Mekhloufi — qui a préfacé le livre de
Michel Naït Challal — a relevé, avec la modestie qui le caractérise,
lui et ses compagnons, qu’on attend ce livre depuis 50 ans et qu’il
peut devenir un film. A ce propos, il a indiqué qu’une préparation de
film sur l’équipe du FLN est en cours en Algérie. Dans un autre livre
consacré à l’équipe du FLN, L’indépendance comme seul but (2), Kader
Abderrahim rappelle que « deux mois avant le début de la Coupe du monde
de football de 1958, trente joueurs professionnels du championnat de
France, dont plusieurs devaient jouer la Coupe du monde, quittent
l’hexagone en vagues successives pour rejoindre le FLN à Tunis ». « Le
15 avril 1958, la presse française et internationale titrait sur
l’étrange disparition de Rachid Mekhloufi de l’AS Saint-Etienne — qui
avait qualifié l’équipe de France pour la compétition et faisait partie
des quarante présélectionnés pour la Suède — de Zitouni, de Boubekeur,
Bentifour et Bekhloufi de l’AS Monaco, de Rouai d’Angers, de Bouchouk
et Brahimi de Toulouse FC, et de Kermali de l’Olympique lyonnais ».
« L’équipe constituée autour des joueurs sera un puissant catalyseur
des revendications nationalistes. Elle deviendra l’ambassadrice d’une
nation sans Etat jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962. » Et
l’auteur de rappeler qu’entre 1958 et 1962, alors que la France et la
FIFA font pression sur les pays qui inviteront l’équipe du FLN, cette
équipe disputera tout de même 91 matches avec, à la clé, 65 victoires.
Michel Naït Challal souligne que le départ des dix premiers joueurs qui
constitueront l’équipe du FLN, à la veille de la Coupe du monde de
football pour laquelle certains d’entre eux étaient sélectionnés, a été
un formidable coup médiatique pour la lutte armée menée par le FLN.
« Les Français métropolitains prenaient alors conscience qu’il y avait
une guerre — qu’on leur avait cachée — en Algérie ». Kader Abderrahim
nous indique, pour sa part que « le FLN a utilisé le sport le plus
populaire pour valoriser la cause nationale. Cela a été un coup de
maître. Les dirigeants du FLN, notamment de la Fédération de France
ont, les premiers, compris l’intérêt qu’ils pouvaient tirer de l’image
de joueurs installés en France, dont beaucoup étaient des stars. La
société française de l’époque était endormie sur la situation en
Algérie. Les dirigeants du FLN ont voulu provoquer un électrochoc.
L’équipe du FLN est un exemple d’engagement politique. » Un engagement
pour la cause nationale, c’est indéniable. L’équipe du FLN a été aussi,
malgré ses moyens modestes, une équipe sportive de grande envergure,
composée de joueurs qui ont fait la démonstration de leur talent à
l’époque même en se confrontant aux meilleures équipes du moment, mais
aussi en se mettant au service du football national post-indépendance,
quand on les a laissé agir. Les joueurs de cette brillante équipe du
FLN, sont « les pères spirituels de l’âge d’or du football algérien
post-indépendance. Ce sont eux qui ont formé les joueurs de l’équipe
nationale de 1982. On leur a retiré le football pour le donner aux
marchands du temple. Si on les avait laissé travailler, le football
algérien ne serait pas là où il est aujourd’hui », n’a pas manqué de
préciser Michel Naït Challal. Sur la situation actuelle du football
algérien, Rachid Mekhloufi se montre lui aussi attristé, voire amer :
« Nous sommes en pleine crise du football algérien », a-t-il lâché
jeudi après-midi au Centre culturel algérien (lire les extraits de son
entretien avec les journalistes présents).
La composante
Saïd Amara (Béziers), Mokhtar Arribi (Lens), Kaddour Bekhloufi
(Monaco), Ali Benfadah (Angers), Abdelaziz Bentifour (Monaco),
Abderrahmane Boubekeur (Monaco), Cherif Bouchache (Le Havre), Hocine
Bouchache (Le Havre), Abdelhamid Bouchouk (Toulouse), Mohamed Bouricha
(Nîmes), Hacène Bourtal ((Béziers), Saïd Brahimi (Toulouse), Hacène
Chabri (Monaco), Dahmane Defnoune (Angers), Ali Doudou (Annaba), Saïd
Haddad (Toulouse), Abderrahmane Ibrir (Toulouse), Smaïn Ibrir (Le
Havre), Abdelhamid Kermali (Lyon), Abdelkrim Kerroum (Troyes), Mohamed
Maouche (Reims), Abdelkader Maazouza (Nîmes), Rachid Mekhloufi
(Saint-Etienne), Mokrane Oualiken (Montpellier), Ahmed Oudjani (Lens),
Amar Rouaï (Angers), Abdellah Settati (Bordeaux), Abderrahmane Soukhane
(Le Havre), Mohamed Soukhane (Le Havre), Mustapha Zitouni (Monaco),
Abdelhamid Zouba (Niort), Mohamed Boumezrag (initiateur de
l’opération), Mohamed Allam (responsable politique).
1)
Dribbleurs de l’indépendance. L’incroyable histoire de l’équipe de
football du FLN algérien de Michel Naït Challal éditions Prolongations
de Berbère TV. 2) L’indépendance comme seul but de Kader Abderrahim, préface de yasmina Khadra (éditions Paris Méditerranée). Sortie le 3 avril.
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